Au bonheur des Corbières et du Fitou

Loin des foules estivales qui gâchent la Provence, il est une terre d’Occitanie intacte où goûter, de domaine en auberge, les joies d’une balade gourmande.

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Avec son nom controversé, cette terre a toujours vécu en quarantaine. Voici pourtant un Midi radieux, épargné par les foules estivales. Imaginez un pays de lumière, de soleil, de montagne, serti de vieilles forteresses au passé légendaire, parsemé de villages pittoresques où les anciens bavardent à l’ombre des platanes, leurs voix roulantes à peine couvertes par le murmure de la fontaine. Imaginez des vallées de vignes, des coteaux tapissés de garrigue, des crêtes fouettées par le Cers d’où l’horizon vous encercle à perte de vue, des plages et des étangs épargnés par le béton, dont les seuls saisonniers sont des flamands au plumage rose. Croyez-vous que les vacanciers industriels laisseront toujours vivre en paix cette terre préservée ? Si la ruée n’est pas pour demain, gageons qu’un jour, attirés par les multiples charmes de cette « réserve », une certaine élite la colonisera, en bonne pionnière de la villégiature insolite, avant d’être suivie, comme ce fut le cas, naguère, à Saint-Trop et à Ré, par des hordes à la mode ravies de se retrouver dans le troupeau des congés branchés.

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Dans les Corbières, on vit encore à l’ancienne, un peu hors du temps. Ici, point de palaces, ni de tables surétoilées, ni de golf, ni de thalasso. De la nature, de la pierre, du vent et quelques cyprès. Sur les cimes surgissent, ici ou là, les ruines des châteaux cathares (ils sont bien antérieurs à cette période de l’histoire mais ont été le refuge des ces « Parfaits »), poste-frontières édifiés sur la ligne séparant le royaume d’Aragon du comté de Toulouse. Ils furent les derniers bastions des libertés occitanes, et l’héroïsme de leur résistance les immortalisa sans l’hécatombe qui, sous prétexte de dissidence religieuse, vit toute une civilisation disparaître dans les flammes de l’unité française. Huit siècles plus tard, la tragédie laisse encore des traces et comme une sensation de malédiction. D’autres heures douloureuses survinrent avec les conflits viticoles de début du siècle.

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Les Corbières, terres de guerre et de misère, ont beaucoup souffert. C’était il y a longtemps. Aujourd’hui la page est tournée. Le pays est toujours dressé, chaud et fleuri, sauvage et insoumis, parfumé et lumineux. Ce que fut la Provence autrefois, en plus vierge. Ses habitants aiment jouer avec lui, jouissant de tout ce qu’une nature généreuse dépose à leurs pieds.

(d’après Périco Légasse – Marianne)